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"Viande cultivée" ? Mangez de la viande sans culpabilité !

L'Union Européenne a récemment conclu un accord pour des importations, notamment de viande, en provenance du Mercosur. Le Mercosur regroupe quatre pays d'Amérique du Sud: l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. L’indignation est grande parmi les agriculteurs belges à cause de la concurrence déloyale que cet accord risque de permettre. Mais il s'agit aussi de questionner la pertinence de cet accord alors que, depuis des mois, notre jeunesse descend dans la rue pour attirer l’attention des politiques sur les émissions de CO2 et pour promouvoir la consommation locale.

En résumé

  • Accords Mercosur
  • Viande cultivée
  • Opportunités pour les investisseurs
"Viande cultivée" ? Mangez de la viande sans culpabilité !
"Viande cultivée" ? Mangez de la viande sans culpabilité !

Avons-nous besoin de toute cette viande ?

Nombreux sont ceux qui se demandent si nous avons vraiment besoin de cet apport supplémentaire de viande. En effet, aujourd’hui nous travaillons activement au développement de substituts de viande à base de protéines végétales – ce qu'on nomme aujourd'hui, viande cultivée ou viande de culture, c'est-à-dire de la viande obtenue à partir de cellules souches de bovins et de volaille que l'on fait croître ex-vivo, soit en dehors du corps de l'animal.

Quelles sont les évolutions à attendre dans l'industrie alimentaire et en particulier dans le secteur de la viande ? Une interview d’Erik Joly, Chief Investment Officer ABN AMRO Private Banking Belgium.


Erik Joly, s’ils sont effectivement approuvés par le Parlement européen et les parlements nationaux, les accords commerciaux UE-Mercosur auront un impact considérable pour nos agriculteurs ?

Erik Joly : "Absolument. L’accord couvre l’exportation de quelques 99.000 tonnes de bœuf, 180.000 tonnes de volaille et 25.000 tonnes de porc de l'Amérique du Sud vers l'Europe, à des tarifs douaniers réduits ou nuls. D’où une concurrence déloyale pour nos éleveurs de bétail, dont beaucoup éprouvent déjà des difficultés à garder la tête hors de l'eau".

Import , mais aussi Export

Bien entendu, à ces importations correspondent des exportations de l'Europe vers le Mercosur. Elles incluent les automobiles et pièces automobiles, les machines, les médicaments, les vêtements, mais aussi le chocolat, le vin, les boissons gazeuses et le fromage.

Qu'en est-il des efforts environnementaux de l'autre côté de l'océan ? On sait que la législation européenne a défini des règles très strictes en la matière, par exemple concernant le bien-être animal ou l'utilisation de pesticides. Ces règles s'appliquent-elles aussi aux produits importés ?

"C’est en effet un point d’attention important. Des accords ont été conclus concernant les normes et conditions que les agriculteurs exportateurs, notamment de l'industrie de la viande, doivent respecter dans les domaines de la protection alimentaire, du droit du travail et de la protection de l'environnement, y compris les objectifs de l'accord de Paris sur le climat. Toutefois, des organisations de consommateurs et Greenpeace notamment mettent en garde contre l'utilisation laxiste de pesticides au Brésil. Des pesticides interdits en Europe y sont pulvérisés par avion. Le recours aux antibiotiques y est également beaucoup plus important que chez nous. Il faut aussi tenir compte du transport et des émissions de CO2 correspondantes tout comme de la déforestation au profit de la production du soja destiné à l’alimentation du bétail. Vu les efforts actuels de développement d’alternatives, on peut se demander si tout cela est vraiment nécessaire."

Par alternative, vous voulez dire la "viande cultivée" ? On en parle de plus en plus. Peut-on arriver à satisfaire les amateurs de viande sans que nous ayons besoin de ces énormes quantités de bétail ?

"En effet. Parmi nos concitoyens, deux tiers sont et restent de fervents carnivores, à peine trois pour cent sont des végétariens, pesco-végétariens ou végétaliens. Les autres, les flexitariens, apprécient de temps à autre un repas végétarien".

Respecter l’environnement tout en appréciant un bon morceau de viande

"Nombre de ces carnivores et flexitariens sont soucieux de l'environnement et ont conscience des problèmes générés par l'industrie de la viande. Toutefois, beaucoup ne considèrent pas les substituts tels que le soja, le tofu ou autres aliments végétaux riches en protéines comme une alternative valable. Ils ne peuvent se passer de leur morceau de viande quotidien. La viande cultivée est une solution intéressante pour ces gens. Personnellement, je n’ai pas encore eu l’occasion de la tester, mais le conférencier Peter Hinssen l'a fait, et a expliqué lors de la Sustainability Soirée qu’on ne goûte pas de différence".

La viande cultivée, une bonne option !

"Selon une enquête de GAIA, l'organisation de défense des droits des animaux, la viande cultivée bénéficie d’un large soutien dans notre pays. Sur plus de 1000 répondants, 42% ont un avis positif à propos de la viande cultivée, et 39% en achèteraient. Leur motivation repose principalement sur l’allègement de la souffrance des animaux et l'impact positif sur l'environnement. De plus, ils jugent prometteuses les perspectives de réduction des maladies, agents conservateurs et additifs".

Des filets de poulet plutôt que des ailerons

"La viande cultivée signifie aussi la disparition de l’énorme quantité de nourriture et d'eau nécessaire à la production de viande. Il en résulte bien sûr également une réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'industrie de la viande, l'une des principales causes du réchauffement climatique. Autre conséquence intéressante, on ne produit que le volume de viande nécessaire. Et comme la préférence des Belges va au filet du poulet, on pourrait donc cultiver plus de filet que d’ailerons de poulet".

Voilà qui paraît très encourageant. A votre avis, quand le consommateur pourra-t-il acheter cette viande ? Est-ce dans un proche avenir ?

"Pour l'instant, ce sont des start-ups de Californie et des Pays-Bas qui y travaillent, avec de bons résultats. On parle de 2021 pour certains projets pilotes. Et la viande cultivée pourrait être disponible dans les rayons de nos magasins d’ici quelques années. Le prix constitue bien sûr un facteur important. Pour l’instant, le coût de production reste élevé, et le prix au kilo n'est pas encore à la portée de tous les consommateurs. Mais quand la production augmente, les prix baissent".

D'un autre côté, on peut naturellement se demander si cette viande cultivée ne constitue pas également une menace pour nos éleveurs et notre industrie de transformation de la viande – qui ne sont évidemment pas demandeurs en la matière ?

"Les entreprises de transformation de la viande produisent déjà des hamburgers ou substituts de viande végétariens. Elles trouveront certainement des opportunités pour la viande cultivée. La situation est toute différente pour le secteur de l’élevage. Mais il existe d’autres opportunités, par exemple la production bio. Cela signifie moins d'animaux sur une même superficie, mais la viande bio rapporte plus au kilo. De plus, l'éleveur produit lui-même (en partie) le fourrage et, en comparaison avec un fermier non bio, il diversifie davantage ses activités".

Les alternatives végétales

"D'autre part, la production de substituts végétaux à la viande augmente la demande de certaines céréales, notamment les champignons, légumineuses, noix, algues, semences de chia, froment et autres céréales. On produit déjà du soja à l’échelon local. Les agriculteurs créatifs trouvent parfois leur bonheur en proposant un mini-camping à la ferme ou l'organisation de vacances à la ferme. On trouve aussi de plus en plus de magasins à la ferme, qui vendent directement au consommateur légumes, fruits, viande, œufs et lait, mais aussi de la crème glacée ou du fromage bio produits par le fermier".

Que recommandez-vous aux investisseurs qui s’intéressent à cette nouvelle industrie ? Y a-t-il des opportunités pour les investisseurs ?

"Il y a assurément des opportunités pour les investisseurs, surtout dans les entreprises spécialisées dans la production durable de viande ou la production de substituts de viande. Et puis bien sûr, il y a les entreprises dont nous avons parlé, qui proposent des alternatives comme la viande cultivée. La demande va sans doute augmenter. L’investisseur a donc la possibilité de stimuler ce marché et de tirer parti de la croissance escomptée".

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Erik Joly
Erik Joly
Chief Economist / Country Director Investment Advisory
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