3 min

Update Obligations : Jusqu’où pouvons-nous descendre ?

L’escalade des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine a provoqué une tempête sur les marchés financiers cette semaine. Les marchés pensaient qu’une nouvelle période de trêve aurait lieu jusqu’à la prochaine rencontre en septembre entre la Chine et les États-Unis, mais la situation s’est rapidement envenimée, menant à la crainte d’une guerre des monnaies et d’un ralentissement de la croissance mondiale, associée à l’augmentation du risque de récession aux États-Unis. À la suite de ces événements, les spreads de crédit se sont élargis.
Update Obligations : Jusqu’où pouvons-nous descendre ?
Update Obligations : Jusqu’où pouvons-nous descendre ?

Certains acteurs du marché estiment que la Fed n’a pas été aussi accommodante que prévu la semaine dernière, étant donné que la banque s’est contentée d’annoncer une seule baisse de taux de 25 points de base. Avec l’accélération de l’escalade de la guerre commerciale, la probabilité que la Fed puisse (doive) adopter de nouvelles baisses de taux augmente. Une décision de ce type est envisageable car elle n’est pas entravée par des craintes inflationnistes. Par conséquent, le rendement des bons du Trésor américain a affiché une lourde chute.

En Europe, les taux d’intérêt avaient déjà atteint des planchers historiques à la suite de la perspective d’une baisse de taux de la BCE et du lancement probable d’un nouveau programme d’assouplissement quantitatif. L’atteinte de ces planchers ne signifie toutefois pas que les taux ne poursuivront pas leur trajectoire à la baisse, comme nous avons pu le constater cette semaine avec des taux qui ont plongé encore un peu plus en territoire négatif. Qui sait où cette tendance baissière s’arrêtera ? Avec la politique d’assouplissement monétaire de la BCE, nous ne tournons pas le dos à notre position positive envers la duration, même aux niveaux actuels.

De toute évidence, l’escalade des tensions commerciales semble avoir éclaté au plus mauvais moment pour l’Europe. La croissance européenne est déjà extrêmement faible, avec l’industrie manufacturière allemande qui reste particulièrement vulnérable, alors que les risques pour la région restent d’actualité. La probabilité du « no deal » pour le Brexit a augmenté de manière significative étant donné que le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson s’entoure d’eurosceptiques convaincus dans son gouvernement et se prépare de façon plus évidente à un scénario de ce type. Pendant ce temps en Italie, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a défrayé une nouvelle fois la chronique en annonçant clairement que le déficit budgétaire de l’Italie pour 2020 ne peut pas être inférieur à 2 %, ce qui devrait mener à une nouvelle confrontation avec la Commission européenne. Au même moment, il menace le Premier ministre Giuseppe Conte de faire chuter le gouvernement si certains ministres ne sont pas remplacés d’ici lundi.

Le crédit européen de la catégorie « investment grade » a vu son spread s’élargir. Cette classe d’actifs profite pleinement du nouveau programme d’assouplissement quantitatif prévu par la BCE et de la quête de rendement. Toutefois, cet élargissement n’est pas aussi prononcé que celui des crédits américains ou des marchés à haut rendement plus risqués. Ce phénomène rejoint notre hypothèse selon laquelle les circonstances techniques positives pour le marché du crédit européen de la catégorie « investment grade » devraient limiter l’élargissement des spreads en période de crise. Nous maintenons dès lors notre position surpondérée en crédits européens.

Étant donné que les obligations d’entreprise à haut rendement constituent un placement plus risqué, cette classe d’actifs a souffert plus gravement de la crainte liée à un ralentissement de la croissance mondiale. Cette tendance se justifie car elle pourrait mener à une augmentation des taux de défaillance. Au sein de l’univers des obligations à haut rendement, nous continuons dès lors de privilégier la dette des marchés émergents (EMD), en particulier les dettes souveraines en devises fortes telles que le dollar américain ou l’euro, au détriment des obligations d’entreprise. Nous prévoyons que les spreads de la dette des marchés émergents seront affectés par les tensions commerciales internationales. Le risque de défaillance s’est néanmoins réduit de manière significative en raison des mesures de soutien du FMI et de l’amélioration de la capacité des économies émergentes à s’autofinancer en devises locales ces derniers jours. En outre, nous pensons que les banques centrales des économies émergentes imiteront la Fed en baissant leurs taux d’intérêt, ce qui devrait être favorable à leurs obligations. En effet, les banques centrales d’Inde, des Philippines et de la Thaïlande ont déjà baissé leurs taux d’intérêt cette semaine.

Après la tempête de cette semaine, nous prévoyons un peu plus de calme sur les marchés, sous l’impulsion de l’annonce de la stabilisation du yuan par la Chine. Restez toutefois attentifs, une nouvelle vague de panique ne tient qu’à un tweet surprise.

Thomas Smid
Investment Communications
Avis
Il n'y a pas encore d'avis sur cet article.