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Stratégie d’investissement : Prise de bénéfices sur les actions et l’or

Beaucoup d’investisseurs ont été agréable- ment surpris par la poursuite du rallye bour- sier. Après le quatrième trimestre maussade de 2018, la hausse survenue sur les marchés a permis aux investisseurs de se remettre de la chute brutale de la fin d’année.

En résumé"

  • Ajustements dans la répartition des actifs
  • Pourquoi réduire notre allocation en actions ?
  • Un tri à faire au sein du marché obligataire
  • Matières premières : prise de bénéfices sur l’or
Stratégie d’investissement : Prise de bénéfices sur les actions et l’or
Stratégie d’investissement : Prise de bénéfices sur les actions et l’or

Cette tendance positive est notamment insufflée par l’adoption d’une politique conciliante par les banques centrales américaine, européenne et chinoise. Il s’agit là d’un revirement politique clé. Le stimulus monétaire se présente sous la forme d’une baisse des taux d’intérêt et de programmes d’achat d’actifs. Dans ce contexte, le cours de l’or a également augmenté, attei- gnant plus tôt que prévu notre cours cible attendu pour la fin de l’année. Le Comité d’investissement d’ABN AMRO profite de l’évolution positive des marchés et décide de réduire le poids des actions et de l’or.

Ajustements dans la répartition des actifs

La répartition globale des actifs a été ajustée. Nous sommes à présent moins positifs sur les actions, passant d’une posi- tion neutre à une sous-pondération ; les matières premières reviennent à leur poids neutre, suite à la vente de la position sur l’or. Certains changements sectoriels au sein du portefeuille actions ont également été opérés afin de rendre le porte- feuille plus défensif, c’est-à-dire moins tributaire de la crois- sance économique. Aucune modification n’a été apportée à la répartition régionale, nous continuons de surpondérer les États-Unis. Notre point de vue sur les obligations reste négatif. Au sein du portefeuille obligataire, le segment des obligations d’entreprises a été renforcée au moyen d’une réduction des obligations souveraines italiennes et espagnoles indexées sur l’inflation. Les obligations d’entreprises européennes seront soutenues par le programme attendu d’achat d’actifs de la Banque centrale européenne (BCE).

Pourquoi réduire notre allocation en actions ?

Des vents contraires agitent le climat d’investissement général. La décision de réduire la position en actions résulte de l’évalua- tion d’une série de facteurs et de leur incidence attendue au cours des trois à neuf prochains mois. De manière générale, le Comité d’investissement pense qu’un récession est plus probable qu’une amélioration de la conjoncture, même si la probabilité d’une récession reste faible.

D’une part, la volonté de baisse des taux de la Fed est clairement positive pour les investisseurs. Elle encouragera les investisse- ments et se traduira par une hausse des bénéfices. Toutefois, une grande partie des attentes bénéficiaires se reflètent déjà dans les prix actuels. La poursuite de la hausse est donc limitée. D’autre part, le climat des affaires souffre de la reprise des hostilités commerciales. Cet élément pèsera lourdement sur la croissance et la marge des entreprises. Les révisions des béné- fices au cours des dernières semaines montrent d’ores et déjà un sérieux risque de déception. Et même si l’on a constaté une sorte de « trêve » à la guerre commerciale à l’issue du sommet du G20, il est difficile d’entrevoir un réel progrès. En effetTrump a rapidement tweeté que, selon lui, la Chine n’achèterait pas les gros volumes de produits agricoles promis.

Le marché des actions se situant actuellement dans la partie supérieure de la fourchette prévue, le Comité estime qu’il est temps de réduire le risque et de passer à une sous-pondération par rapport à l’indice de référence. Le produit de la vente devrait retourner en liquidités.

Vers une allocation sectorielle plus défensive

Compte tenu du ralentissement de la croissance économique, des changements ont été apportés dans la répartition secto- rielle. Nous privilégions le secteur des soins de santé (passant d’une position neutre à surpondéré), au détriment du secteur industriel (de neutre à sous-pondéré).

La préférence accordée aux soins de santé s’explique par la croissance des bénéfices des entreprises du secteur, moins tributaires du cycle économique. En outre des améliorations ont été opérées au niveau du développement de nouveaux médicaments, ce qui devrait également améliorer la résilience des entreprises du secteur dans un climat de croissance plus faible. Compte tenu de ces facteurs, les soins de santé devraient surperformer l’ensemble du marché en cas de ralen- tissement économique.

Le secteur industriel est en perte de vitesse en raison de la faiblesse des fondamentaux économiques et de résultats en baisse, en particulier en Europe. De plus, la possibilité d’une escalade des tensions liées à la guerre commerciale pourrait nuire au secteur et à sa chaîne d’approvisionnement. Voir le graphique 1 pour une vue d’ensemble de notre positionnement sectoriel.

Graphique 1 : positions par secteur d’ABN AMRO

Secteur

Allocation

Services de communication

Surpondération

Biens de consommation discrétionnaire

Neutre

Biens de consommation de base

Sous-pondération

Énergie

Neutre

Finance

Sous-pondération

Soins de santé

Surpondération

Industrie

Sous-pondération

Technologie de l’information

Surpondération

Matériaux

Neutre

Immobilier

Neutre

Services aux collectivités

Neutre

Source : ABN AMRO Private Banking


Un tri à faire au sein du marché obligataire

Le marché obligataire est partagé entre une attitude plus conci- liante des banques centrales et les éventuelles conséquences de menaces croissantes sur l’économie mondiale. La chute des rendements à dix ans ont largement plongé les obligations dans le rouge et l’inversion de la courbe des taux américains s’est accentuée. (Ce dernier élément est généralement consi- dérée comme un signe de récession) Les rendements de ces obligations refuges montrent que le marché attend une inter- vention plus soutenue de la part des banques centrales.

Les écarts de taux sur les obligations plus risquées (que ce soit les obligations émergentes, les obligations d’entreprises de qualité supérieure ou celles à haut rendement) se sont creu- sées en mai, à la suite de la reprise des tensions liées à la guerre commerciale. Depuis le début du mois de juin cependant, les écarts de taux ont complétement renversé la vapeur. Le climat actuel reste favorable aux écarts de crédits, d’autant plus que l’on s’attend à ce que la BCE reprenne son programme d’achat d’actifs, ce qui tire les taux d’intérêt vers le bas.

Les obligations indexées sur l’inflation sont restées volatiles et vulnérables alors que les marchés anticipent la « japonisation

», à savoir une période de faible croissance accompagnée de niveaux d’inflation faibles. Dans un contexte où les taux d’intérêt devraient rester bas pendant une période prolongée et où l’in- flation dans la zone euro s’obstine à demeurer modérée, nous avons décidé d’arbitrer les obligations souveraines italiennes et espagnoles indexées sur l’inflation pour des obligations d’entreprises. Nous maintenons notre recommandation de duration plus longue vis-à-vis du benchmark. Les obligations (refuges) à long terme peuvent permettre une diversification par rapport aux risques liés aux actions et au risque de crédit, tous deux corrélés en période de turbulences boursières.

Matières premières : prise de bénéfices sur l’or

Mi-mars, nous avons pris la décision d’investir dans l’or, avec un cours cible à 1 400 USD l’once pour la fin de l’année. Les prévisions de notre expert en métaux précieux a finalement été atteint de manière anticipée. Nous conseillons dès lors de profiter de cette occasion pour prendre vos bénéfices sur cette position. Si un grand nombre de spéculateurs détenant des positions longues décidaient de vendre, décidaient de vendre, cela entraînerait une chute brutale du cours. Un tel phénomène ramènerait les cours de l’or à des niveaux significativement plus bas.

Conclusion

Des vents contraires soufflent sur le secteur des investisse- ments. La croissance économique s’est nettement ralentie et les banques centrales prennent des mesures pour contre- carrer ce ralentissement. La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a ébranlé la confiance des entreprises et des investisseurs. Dans ce contexte, les marchés boursiers se redressent, mais semblent de plus en plus détachés des fondamentaux.

En réduisant le poids des actions, en vendant de l’or pour des liquidités, nous réduisons le risque en portefeuille, en visant un horizon d’investissement de trois à neuf mois. Nous préservons également les bénéfices réalisés après le parcours en dents de scie des marchés boursiers, en profitant de l’évolution positive du revirement de politique monétaire des banques centrales. Les changements apportés à la position sectorielle améliorent également la résilience du portefeuille des investisseurs dans un climat de récession économique. Une position de trésorerie élargie peut également servir à saisir les occasions futures, par exemple en revenant sur le marché après une correction.

Richard de Groot
Chair ABN AMRO Global Investment Committe
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