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L’égalité des sexes - un travail en cours

L’égalité des sexes au sein des entreprises n’est pas une évidence. Joachim Aelvoet, Directeur Products & Solutions chez ABN AMRO Private Banking, constate que les entreprises sont poussées vers plus de parité entre les sexes par les appels sociaux et la réglementation. Si cela se traduit par de meilleures performances pour les entreprises, les différences entre les régions et les secteurs restent importantes.

En résumé

  • L’égalité des sexes est l’un des objectifs de développement durable de l’ONU. Quelle est la situation actuelle ?
L’égalité des sexes - un travail en cours
L’égalité des sexes - un travail en cours

L’égalité des sexes est l’un des objectifs de déve­loppement durable de l’ONU. Quelle est la situa­tion actuelle dans les grandes entreprises ?

L’égalité entre les sexes s’est améliorée au cours de la dernière décennie, surtout si l’on considère les conseils d’administration des grandes entreprises. Cela s’explique probablement par le renforcement des réglementations. Si l’on considère les régions, l’Europe a été beaucoup plus proactive que les États-Unis. En France, par exemple, il existe un quota selon lequel un conseil d’administration doit être composé d’au moins 40 % de femmes. Actuellement, ce pourcentage est même légèrement supérieur à 40 % en France. Globalement, en Europe, nous avons constaté que les conseils d’administration des entreprises ont fortement progressé, passant de 15 % à environ 34 % de femmes. Toutefois, certaines régions sont encore à la traîne. Aux États- Unis, par exemple, la représentation des femmes dans les conseils d’administration n’est encore que d’environ 25 %.

Pourquoi l’égalité des sexes est-elle nécessaire ?

La parité hommes-femmes est bénéfique pour les entreprises, car elle les rend plus attrayantes pour les talents et les entreprises diversifiées se révèlent plus innovantes. Un niveau plus élevé de diversité est également associé à de meilleures performances financières. À titre d’illustration, une étude de McKinsey montre que les entreprises figurant parmi les 25 premières en termes de diversité ont 25 % de chances de plus que leurs pairs de réaliser des performances financières supérieures. Une autre étude, réalisée par BofA, conclut que si les entreprises ont plus de 30% de femmes au conseil d’administration, elles ont une volatilité plus faible des bénéfices par action. Une explication ? Si les femmes sont plus nombreuses au conseil d’administration, la prise de risque excessive est freinée, ce qui entraîne une amélioration des bénéfices. Pourtant, les femmes sont encore sous-représentées dans les rôles décisionnels. Par exemple, si l’on considère les entreprises composant l’indice MSCI World, le nombre de femmes PDG n’a que très légèrement augmenté au cours des quatre dernières années : de 4 à 5 %. Il y a encore du travail à faire.

Comment notre sélection actuelle d’investisse­ments prend-elle en compte l’égalité des sexes ?

La diversité des genres fait partie du score ESG. Il s’agit principalement du S de ESG, où nous examinons plusieurs critères, dont l’égalité des sexes et la diversité. Nous ne nous concentrons pas uniquement sur le nombre de femmes au sein du conseil d’administration pour mesurer l’égalité des sexes. Nous vérifions également si les entreprises disposent d’une politique forte en matière de discrimination, d’un programme de diversité, de la divulgation des rémunérations entre hommes et femmes ou du développement du capital humain. Tous ces critères sont importants pour notre score ESG, et nous sélectionnons les 50 % d’entreprises les plus performantes dans chaque secteur. Il y a aussi un côté exclusion : nous n’investissons pas dans les secteurs controversés, comme la pornographie et le divertissement pour adultes.

Quels sont les secteurs les plus performants ? Et d’où vient cette différence ?

Si l’on examine les secteurs de l’indice S&P 500, on constate que les secteurs de l’entreprise à la consommation présentent de meilleures statistiques en termes de diversité des genres. Les secteurs de la consommation de base, de la consommation discrétionnaire et de la finance ont un conseil d’administration plus diversifié, par exemple, probablement parce que ces secteurs ont une clientèle plus diversifiée. Si nous regardons les retardataires, nous voyons les secteurs de l’industrie, de l’informatique et de l’énergie. Ce n’est pas surprenant. Si nous nous concentrons par exemple sur le secteur informatique, cela pourrait s’expliquer par une culture de travail sexiste. Un rapport d’Accenture montre un manque de mesures en faveur de l’égalité des sexes ou d’un environnement plus inclusif dans le secteur informatique. Et j’ai été choquée d’apprendre que 50 % des femmes travaillant dans le secteur des technologies abandonnent leurs études avant l’âge de 35 ans. Ce chiffre est opposé à celui d’autres secteurs, où il est d’environ 20 %.

En général, le changement vient des appels sociaux ou de la réglementation. Comment cette dernière évolue-t-elle ?

En termes de quotas, nous sommes assez avancés dans l’UE. Si nous regardons les États-Unis, nous constatons une accélération de la réglementation en faveur de la diversité. Ils essaient de rattraper leur retard. Le Nasdaq a fait une proposition en faveur d’une plus grande diversité. Dans cette proposition, les entreprises sont tenues d’avoir au moins une femme au conseil d’administration et une personne issue d’un groupe sous-représenté, tel qu’une minorité ethnique ou la communauté LGBT+. En Californie, chaque entreprise publique doit avoir au moins une femme au conseil d’administration depuis 2020. D’ici fin 2021, les conseils d’administration de cinq membres ou plus devront compter au moins deux administratrices. En Europe, nous attendons la taxonomie sociale, qui est attendue pour la fin de l’année. Nous nous attendons à ce que ce cadre réglementaire comprenne l’égalité et une déclaration de non-discrimination. C’est utile pour les investisseurs, car davantage d’informations seront divulguées sur ce sujet.

Les investisseurs privés s’intéressent-ils à l’égalité des sexes ?

La parité hommes-femmes fait l’objet d’une attention croissante, dans le cadre d’une tendance plus large. L’intérêt pour l’investissement ESG augmente, en particulier chez la génération Z et les milléniaux. Ces générations accordent une importance croissante à l’ESG. Elles aspirent à plus de justice sociale et à un monde plus inclusif.

Au sein du portefeuille, quelles sont les entre­prises qui obtiennent de bons résultats en matière d’égalité des sexes ?

De manière surprenante, il y a une entreprise du secteur technologique qui se démarque : Accenture. Cette société informatique est forte sur plusieurs critères : le PDG est une femme, Julie Sweet, et le conseil d’administration est composé de 42% de femmes, y compris le Chief Leadership & HR Officer.

L’Oréal est également intéressante, car cette entreprise française du secteur de la consommation discrétionnaire est encore plus égalitaire que la loi ne l’exige. Elle a une forte représentation de femmes, d’environ 70 %, une politique solide en matière de discrimination et un solide programme de diversité. La marque de luxe s’est également engagée à respecter le principe d’autonomisation des femmes des Nations unies.

DSM se porte bien également . L’objectif de l’entreprise chimique néerlandaise est d’atteindre une proportion de 25 % de femmes au niveau de la direction d’ici 2021. Et l’écart de rémunération chez DSM est à l’opposé de ce à quoi on pourrait s’attendre : en moyenne, les femmes sont payées 9% de plus. De même, la proportion de femmes au conseil d’administration est de 42 %, alors que la loi néerlandaise exige 30 %.

Chez BofA, la proportion de femmes au conseil d’administration et à la direction est supérieure à la moyenne américaine. La banque propose plusieurs programmes de développement pour les employées qui montrent du potentiel, comme le Women’s Executive Development Program en coopération avec la Columbia Business School et le Women’s Next Level Leadership Program.

Joachim Aelvoet
Joachim Aelvoet
Director Products & Solutions
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