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Le changement climatique: un sujet qui vous concerne peu ? Cela reste à voir...

Bernice Notenboom, journaliste climatique, documentariste et exploratrice polaire, nous présente le visage du changement climatique. Nous l'avons récemment invitée à un déjeuner. L'occasion de faire part de ses découvertes à nos clients Private Wealth Management. Le soir même, lors de nos Meaningful Movies, elle a nous a présenté des extraits de son dernier film ‘Sea Blind – The price of Shipping our Stuff’ et de ses autres documentaires. Bernice emmène des captains of industry en expédition, donne des conférences et attire l'attention sur la problématique climatique. Des actions essentielles, car les conséquences ne doivent pas être sous-estimées.

En résumé"

  • Le changement climatique nous concerne tous.
  • L'accord climatique de Paris est-il réaliste ?
  • Que pouvons-nous faire pour inverser la tendance ?
Le changement climatique: un sujet qui vous concerne peu ? Cela reste à voir...
Le changement climatique: un sujet qui vous concerne peu ? Cela reste à voir...

Bernice, pourquoi est-il si compliqué de convaincre les gens des conséquences du changement climatique ?

Ici, en Europe de l'Ouest, nous avons tendance à minimiser la problématique du climat. En hiver, il nous suffit de monter un peu le chauffage et en été, d'installer la climatisation pour supporter la chaleur. La vie continue et nous ne sommes aucunement dérangés. Dans des pays comme l'Inde, le Bangladesh et dans de grandes régions d'Afrique, c'est autre chose. Si nous continuons comme cela, il fera bientôt 51 °C en Inde l'été. Ce n'est pas viable pour les humains. D'autant qu'il s'agit de pays qui n'émettaient pas de CO2 auparavant. C'est donc une lutte inégale, à laquelle de nombreuses personnes refusent d'être confrontées.

L'Afrique, l'Asie... Pour la plupart des gens, c'est loin.

Exactement. Or, plus près de chez nous, les conséquences du réchauffement de la planète sont bel et bien perceptibles et font des victimes. Il suffit de songer à la Roumanie, l'Espagne et la Grèce. Les températures enregistrées en été dans ces pays sont tout aussi insupportables et provoquent de gigantesques incendies de forêts. Les îles des Caraïbes, la Californie et le Japon sont frappés par des ouragans d'une violence inouïe. Ces régions seront bientôt inhabitables, elles aussi.

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L'Europe et les États-Unis étaient en avance durant la révolution industrielle. Des pays tels que l'Inde et la Chine émergent tout juste. Ils se développent à un rythme hallucinant. Nous ne pouvons pas y faire grand chose...

C'est exact. Ces pays sont en train de rattraper leur retard de manière impressionnante. Sur le plan technologique, ils sont très performants. Et cela crée de l'espoir. Ils sont capables de se passer des combustibles fossiles et de miser sans transition sur l'énergie durable. Ils peuvent par exemple investir dans des batteries écologiques dotées de grandes capacités de stockage. Pour eux-mêmes, pour soutenir leur industrie, mais aussi pour l'exportation des produits. Je suis convaincue qu'ils disposent des connaissances requises pour développer ce type de possibilités.

Devrions-nous suivre l'exemple de certains pays ?

Bien qu'ils se soient développés notamment grâce à l'extraction de pétrole et de gaz par le passé, les pays scandinaves et le Canada montrent parfaitement l'exemple. Ils possèdent des atouts naturels : ils sont entourés d'eau et disposent des ressources ad hoc. Ils misent sur l'énergie hydraulique, éolienne et solaire. Les panneaux solaires de dernière génération n'ont même plus besoin de soleil, mais uniquement de lumière. Au Canada, on fait beaucoup appel à la biomasse de (copeaux) de bois.

Quand on évoque les émissions de CO2, on pense d'emblée aux vaches et aux gaz d'échappement. Les gens essaient de réduire leur consommation de viande, d'opter pour des modes de transport moins polluants. Dans la série « Climate Hunters », vous nous montrez que le permafrost, les sols gelés en permanence autour des pôles, fond rapidement. Ce phénomène libère-t-il lui aussi des gaz à effet de serre ?

En effet. De plus, la fonte actuelle des glaces, qui s'y sont formées depuis des millions d'années, constitue d'ores et déjà une conséquence directe du réchauffement de la planète. Ces geysers et toundras de glace renferment toutes sortes de minéraux, mais aussi du CO2 et du méthane. Des éléments qui s'évaporent donc à mesure que la glace fond. Avec des conséquences dramatiques à la clé. La libération de ces substances accélère le réchauffement, réduit les ressources halieutiques et l'augmentation du niveau de la mer entraînera le déplacement de 280 millions de personnes. En Belgique, la Flandre sera sous eau et le littoral de la Mer du Nord arrivera aux environs de Bruxelles. Cela se produira plus vite que nous ne le pensons. Et les chiffres ne se basent que sur une hausse des températures de 2 degrés. Ce seuil de deux degrés n'est pas fortuit.

Une augmentation de maximum 2 °C par rapport à l'époque pré-industrielle. C'est l'objectif de l'Accord climatique de Paris.
Est-il encore réaliste ?

Non, malheureusement pas. Nous n'y arriverons pas. À l'heure actuelle, seuls cinq pays ont adopté une législation en matière de climat. Si nous voulons changer la donne, le changement climatique doit être une préoccupation mondiale. Tous les regards doivent être tournés dans la même direction. Mais nous n'en sommes pas encore là. Les citoyens et consommateurs doivent prendre leurs responsabilités et exiger des chefs de gouvernement, producteurs, investisseurs... qu'ils prennent également leurs responsabilités.

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Les dégâts que le changement climatique peut provoquer sont immenses. Les frais pour éviter ces conséquences sont également élevés.

En effet. Si nous nous réagissons pas maintenant, la communauté internationale devra trouver 500 milliards d'euros pour réparer les dégâts climatiques. C'est un montant colossal. Surtout quand on pense que si l'on s'attaquait d'emblée tous ensemble à ce problème, 4 milliards par an nous suffiraient. Il serait donc mieux de réagir maintenant non seulement pour la planète, le climat, l'humanité et ainsi de suite, mais aussi pour l'économie.

Que pouvons-nous faire en tant que banque et comment nos clients peuvent-ils agir ?

C'est une question judicieuse. Parce les banques et les investisseurs peuvent faire une différence. Il existe une multitude d'initiatives durables bien pensées et qui ont déjà dépassé le stade d'idée théorique depuis longtemps. Mais il est souvent difficile d'obtenir les moyens ou les subsides nécessaires pour les mener entièrement à bien et les commercialiser. Les investisseurs qui osent voir la réalité en face et font appel à leur sens moral plutôt que d'opter pour la sécurité du rendement financier, en donnant une chance à ces idées durables, obtiennent un bénéfice humain bien plus élevé. Et n'oubliez pas : le plus gros investisseur c'est notre planète, pas votre portefeuille.

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