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Dr. Luc Colemont

Mon rêve est de me réveiller un jour dans un monde sans cancer du côlon
Dr. Luc Colemont
Dr. Luc Colemont

Dans cette rubrique, ABN AMRO donne la parole à des personnes & entreprises influentes. Nous nous entretenons cette fois avec le docteur Luc Colemont, gastro-entérologue et fondateur de l'ASBL Stop Darmkanker (stop au cancer du côlon). ABN AMRO Belgique a invité le docteur Colemont pour une conférence sur le cancer du côlon dans le cadre du Programme Healthy People interne de ABN AMRO. Son intervention a tellement marqué les esprits que les collaborateurs d'ABN AMRO ont choisi de soutenir l'ASBL Stop Darmkanker lors de la « Warmste Week » de Studio Brussel (plus ou moins l'équivalent de « Viva for Life ») en décembre 2017. Les recettes ? Pas moins de 1 500 euros !

Docteur Colemont, pourriez-vous nous expliquer comment est née l'ASBL Stop Darmkanker ?

« Tout a commencé en février 2010. En tant que gastro-entérologue, j'ai pu, pendant 28 ans, constaté l'augmentation du nombre de cas de cancer du côlon. Et, pire encore, je me suis aussi rendu compte à quel point cette maladie était encore peu connue. C'est alors que j'ai commencé à me demander ce qu'il fallait faire : continuer à traiter les malades du mieux que je pouvais ou bien faire de la prévention active. Au cours des trois années qui ont suivi, j'ai donc organisé avec mon groupe d'action plusieurs campagnes de prévention intensives via les réseaux sociaux. Surtout aux alentours du mois de mars, le mois international de la lutte contre le cancer du côlon. Les réactions n'ont pas manqué, mais nous avions tout de même besoin de mieux structurer nos actions, tant sur le plan technique que sur le plan juridique. C'est la raison pour laquelle nous avons créé une ASBL le 19 juillet 2012. L'essence de notre groupe d'action n'a pas changé et nous continuons de mener des campagnes afin de sensibiliser à ce problème, auquel une personne sur vingt sera malheureusement confrontée durant sa vie. Après avoir combiné pendant cinq ans mes activités de médecin et d'activiste, j'ai décidé, en fin 2015, de tourner une page de ma vie et de me consacrer à 100 % à l'ASBL. »

Le besoin de prévention est-il à ce point élevé qu'il faut s'y consacrer à temps plein ?

« Absolument. C'était déjà le cas en 2015 et ça l'est toujours aujourd'hui. Pour vous donner une idée, j'ai donné pas moins de 132 conférences en 2016 et 125 en 2017. 62 sont déjà prévues pour 2018. Au cours des premières années, la Belgique accusait beaucoup de retard en matière de prévention du cancer du côlon. Des campagnes étaient déjà menées depuis longtemps dans certains pays et plusieurs d'entre eux organisaient même déjà des campagnes de dépistage. En Flandre, ce n'est le cas que depuis octobre 2013, notamment grâce aux efforts déployés par notre groupe d'action. Mais l'accent pourrait encore être mis davantage sur la prévention, d'autant plus que le cancer du côlon est une maladie qui peut parfaitement être détectée de manière précoce. Le seul problème est que peu de gens le savent. La mission principale de l'ASBL consiste donc à informer les gens. »

Le cancer du côlon est parfois appelé le tueur silencieux.

« C'est tout à fait le cas. Surtout au stade précoce. Heureusement, la maladie se développe très lentement. Il faut environ huit à dix ans pour qu'un polype bénin de quelques centimètres se transforme en une tumeur maligne. La maladie peut donc être détectée et soignée à temps. Une simple analyse des selles, qui permettra de détecter d'éventuelles petites traces de sang invisibles à l'œil nu (sang occulte), suffit. Dans un premier temps, un petit polype bénin ne provoque aucun gêne. Ce n'est que lorsqu'il grandit et évolue éventuellement en cancer du côlon que les symptômes peuvent commencer à apparaître. Mais même une petite tumeur maligne ne se ressent pas au début. Encore trop souvent, le cancer du côlon n'est détecté qu'à un stade déjà avancé, ce qui diminue les chances de guérison complète et rend le traitement plus lourd à supporter et beaucoup plus cher pour le patient. »

À partir de quel âge cet examen préventif est-il recommandé ?

« Il y a pas mal de malentendus à ce sujet. Peu de gens savent qu'un patient sur sept est âgé de moins de 50 ans au moment du diagnostic. Des études récentes montrent d'ailleurs qu'ils sont de plus en plus nombreux dans cette tranche d'âge. Les jeunes d'aujourd'hui risquent donc davantage d'être confrontés à la maladie qu'il y a, par exemple, 20 ans. Et leur nombre ne va faire qu'augmenter avec le temps. La raison pour laquelle les jeunes sont de plus en plus exposés n'est pas claire, mais il est en revanche clair que des mesures doivent être prises afin de mieux sensibiliser ce groupe à risque à l'importance d'un examen de prévention. L'idée selon laquelle le cancer du côlon ne toucherait que les personnes âgées de plus de 50 ans est donc fausse. »

Pourtant, le test de dépistage n'est prévu qu'à partir d'un certain âge, n'est-ce pas ?

« C'est vrai. En Flandre, le test de dépistage n'est prévu qu'à partir de 55 ans. C'est dommage, car les directives européennes sont très claires sur ce point : les examens de prévention doivent commencer à partir de 50 ans. Plus encore, une étude récente a démontré que l'âge minimum devrait peut-être être abaissé à 45 ans. Malheureusement, le gouvernement flamand ne dispose actuellement pas des moyens nécessaires pour abaisser cette limite d'âge. Mais pas de quoi décourager notre ASBL ! La diminution de l'âge minimum pour le test de dépistage fait partie de nos principales priorités pour 2018. Et nous espérons bien arriver à nos fins. Rien n'est impossible ! »

Comment se déroule exactement le test de dépistage à l'heure actuelle en Belgique ?

« Il s'agit d'une procédure très simple que l'on peut réaliser à la maison. En Flandre, si vous faites partie du groupe cible, vous recevez tous les deux ans une boîte contenant une brochure d'information et un kit pour effectuer le test, qui est très simple à réaliser. Une fois le test effectué, la boîte contenant l'éprouvette et les documents requis doit être envoyée par la poste au laboratoire qui se chargera de l'analyse. Les résultats de l'analyse seront envoyés au domicile de la personne concernée dans les deux semaines. Que faire en cas de résultats anormaux ? Dans ce cas, la personne sera invitée à passer une coloscopie. Environ 6 à 7 % des gens qui font le test sont dans ce cas. Il faut en effet savoir d'où vient le sang (occulte) qui a été détecté. Attention, des résultats anormaux ne signifient pas nécessairement que le patient souffre d'un cancer du côlon, mais il s'agit d'un avertissement qui doit le pousser à être plus vigilant. Les derniers chiffres disponibles pour 2016 montrent que pratiquement 55 % de la population flamande passent le test de dépistage. Un bon résultat, mais qui pourrait encore être amélioré. À titre de comparaison, le taux de participation s'élève à 75 % aux Pays-Bas. Un record mondial ! »

Que peut-on faire soi-même pour se protéger contre la maladie ?

« En fait, c'est très simple. Avec un mode de vie sain, vous avez déjà pas mal d'atouts en main. Voici cinq règles d'or à respecter :

  • faites attention à votre poids ;
  • ne fumez pas
  • évitez la consommation excessive d'alcool ;
  • mangez équilibré ;
  • faites régulièrement du sport.

En respectant ces règles simples, vous diminuez le risque de cancer du côlon de pas moins de 25 % ! J'insiste sur le fait que vous diminuez considérablement le risque, mais que vous ne l'éliminez pas complètement. Je dis toujours que le meilleur traitement reste la détection précoce de la maladie. »

Comment voyez-vous l'avenir dans un monde que nous qualifierions d'idéal ?

« Mon rêve est de me réveiller un jour dans un monde sans cancer du côlon. De manière plus réaliste, j'espère que, dans cinq à dix ans, le cancer du côlon ne sera plus qu'une maladie chronique et que les gens n'en mourront plus, même si le cancer se trouve déjà à un stade avancé. Espérons qu'à terme, nous pourrons même parler d'une maladie rare. »

Comment contribuer à la lutte contre le cancer du côlon ?

« Après le succès de la Warmste Week de Studio Brussel, nous en sommes arrivés à la conclusion que nous devions créer notre propre plateforme en ligne sur laquelle les gens peuvent nous apporter leur soutien. Nous nous sommes pour cela associés à Kentaa, une entreprise spécialisée dans la collecte de fonds sur internet, très active aux Pays-Bas. Nous sommes d'ailleurs très fiers de pouvoir dire que nous sommes leur premier partenaire en Belgique. L'atout de notre plateforme est qu'elle est très conviviale et qu'elle utilise toutes sortes de canaux, parmi lesquels les réseaux sociaux, afin de pouvoir atteindre le plus de monde possible. Vous pouvez nous aider de différentes manières : soit en faisant un don, soit en proposant une action. Je vous suggère de faire un tour sur le site (https://acties.stopdarmkanker....) et de vous laisser inspirer ! ”

Vous avez des questions sur le cancer du côlon ? Sur www.stopdarmkanker.be/stop-cancer-colon, vous pouvez notamment vous connecter à Esperity en utilisant le code « samensterk » (en néerlandais). Il s'agit d'une communauté sûre où vous pouvez trouver du soutien auprès de personnes dans la même situation que vous et de proches de malades, partager des expériences et suivre l'évolution de votre état de santé. Vous y trouverez aussi un aperçu des études cliniques existantes ainsi que tout ce qui concerne les activités de l'ASBL.

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